BIOGRAPHIE



« L’une des voix les plus importantes à suivre dans la musique latino‑américaine d’aujourd’hui. » — Scherzo Magazine

Né à Lima, Juan Arroyo est un compositeur franco‑péruvien dont l’œuvre explore les zones où les mondes se touchent, se déforment et se contaminent. Nourri par les traditions orales du Pérou, par les récits latino‑américains et par une curiosité précoce pour les matières sonores, il développe un réalisme sonore magique où technologie, rituel, imaginaire et dramaturgie s’entrelacent. Sa première flûte de pan, les chants populaires et les paysages sonores de son enfance ont façonné un rapport organique au son, qui demeure au cœur de son écriture.

Après des études à l’Université Nationale de Musique du Pérou, où il cofonde en 2001 le Cercle de composition péruvien, moteur essentiel de la création contemporaine dans le pays, il s’installe en France en 2004. Il poursuit sa formation au Conservatoire de Bordeaux puis au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, où il obtient un Premier Prix de composition. Son parcours est marqué par l’influence de figures majeures telles qu’Allain Gaussin, Brian Ferneyhough, Heinz Holliger, Henri Pousseur, Mauricio Kagel, Michael Levinas, Luis Naón et Stefano Gervasoni, ainsi que par des expériences déterminantes à Voix Nouvelles et à l’IRCAM.
Artiste en résidence dans des institutions prestigieuses à l’instar de l’IRCAM, Centre Henri Pousseur, Cité Internationale des Arts, Casa de Velázquez, Villa Médicis, Centre Art Zoyd, il approfondit une recherche sonore singulière, mêlant hybridation instrumentale, dramaturgie technologique et un imaginaire profondément mondial, façonné par la rencontre des cultures, des sons et des récits. En 2014, il compose Smaqra, premier quatuor à cordes hybride, et développe avec l’acousticien Adrien Mamou‑Mani, le Quatuor Tana et le luthier Lucas Balay les TanaInstruments, dispositifs pionniers qui transforment la lutherie traditionnelle en terrain d’innovation acoustique.

Lauréat de distinctions internationales comme le Prix de la Fondation Salabert pour Selva (2013), Prix de l’Académie des Beaux‑Arts de France et Prix Ibermúsicas pour Phani Song (2022), il construit une œuvre vaste et protéiforme : musique orchestrale, pièces solistes, musique mixte, vocale, électroacoustique, installations et projets transdisciplinaires. Ses œuvres sont interprétées par des ensembles de renommée mondiale tels que l’Ensemble Intercontemporain, 2e2m, Court Circuit, Fractales, L’Itinéraire, Linea, LAPS, L’Arsenale, Proxima Centauri, Sonido Extremo, Vertixe Sonora, le Quatuor Tana et l’Orchestre National du Pérou, et programmées dans des festivals majeurs comme Donaueschingen, Ars Musica, Présences, MAD, Les Musicales d’Assy, Ensemble(s) et Nouveaux Horizons.
Son travail s’étend également vers les arts visuels et les formes immersives. Ses installations: Paysage Sonore (Musée archéologique Baelo Claudia, Casa de Velázquez) ou Listen to me (Villa Médicis, Take me, I’m yours), témoignent d’une approche multidimensionnelle où le son devient espace, matière et récit. Sa collaboration avec l’artiste Vincent Ciciliato et l’ensemble Proxima Centauri a donné naissance à des œuvres interdisciplinaires telles que Sabia VR, présentée au MAD Festival (2023), au Festival Pléiades (2024) et à La Semaine du Son de l’UNESCO (2025).
Chef d’orchestre, il a étudié la direction auprès de Fernando Valcárcel, chef titulaire de l’Orchestre National du Pérou, et est invité à diriger les Orchestres d’Arequipa et de Cusco. Depuis 2013, il façonne l’identité artistique de l’Ensemble Regards, dont il est le directeur musical.
Aujourd’hui, Juan Arroyo est compositeur en résidence de l’Orchestre National du Pérou, directeur artistique et musical de l’Ensemble Regards et du Festival Sonomundo à Paris, ainsi que directeur artistique du Festival Experimenta à Lima. Parallèlement, il mène une activité pédagogique active : professeur au Conservatoire d’Argenteuil (2019‑2023), à l’Université Nationale de Musique du Pérou (2024), intervenant à l’Académie Mixte en Nouvelle‑Aquitaine (2022‑2026), et invité dans des institutions telles que le Conservatorio di Musica Santa Cecilia (Italie), le Conservatoire de Valencia (Espagne) ou le Conservatoire de Bordeaux (France). Il enseigne actuellement au Conservatoire Jean‑Baptiste Lully.


Lepremierquatuoracordeshybride

« Juan Arroyo a synthétisé son travail sur l’hybridation autour de trois domaines fondamentaux concernant les indices perceptifs: le geste, l’espace et le timbre. L’hybridation est au cœur du brouillage de ces indices. L’expression « écoute causale » englobe différentes situations d’écoute. Dans son quatuor à cordes hybride, SMAQRA, bien que l’objet musical original fasse partie d’un timbre percussif, les codes d’écoute nous renvoient à des instruments à cordes. La singularité et l’intérêt de cette œuvre sont ces jeux de déplacement, de mouvement entre une écoute causale et une écoute réduite passant par de nombreux états intermédiaires de perception. Juan Arroyo explore différents degrés en brouillant progressivement les sources sonores comme un photographe ou un caméraman nous faisant voyager du concret à l’abstrait, de la matérialité à l’immatérialité par le jeu du développement de son objectif. Ainsi, la recherche du développement de l’écoute réduite, favorisée de manière générale par l’électronique, constitue une trajectoire vers l’inouï dont la frontière entre réalité sonore et irréalisme est en totale corrélation avec les inclinations littéraires de Juan Arroyo sur le réalisme magique. »

FABIEN HOULÈS
Professeur agrégé de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Le premier quatuor à cordes hybride, l’exemple de Smaqra de Juan Arroyo, publié au printemps 2017 par la maison d’édition L’Harmattan.